Le bureau est relativement austère. Vous jetez un rapide coup d’oeil autour de vous. De nombreux livres sont disposés sur les étagères. Le rouge y est d’ailleurs la couleur dominante. Le sol est jonché de volumineux dossiers. Une longue robe noire est pendue sur un cintre.

A peine installé face à l’occupant des lieux, voilà qu’un concert de propos incompréhensibles débute. Vous souhaitez faire bonne figure et acquiescez d’un hochement de tête à chaque interpellation de votre interlocuteur. Pourtant, ce que vous entendez vous angoisse. On vous parle d’audiences, de jurisprudences, de confrontations ou encore de délais interminables.

Puis viens le moment de la douloureuse. On ne vous parle plus de votre affaire. Cette fois, le mot  que vous craigniez est lâché : honoraires. L’angoisse se transforme alors instantanément en peur irrépressible.

Aucun doute, vous êtes chez un avocat. Pourtant, la peur que vous ressentez est-elle vraiment justifiée ?

J’ai peur de ne pas comprendre ce que l’avocat me raconte

La matière juridique est telle qu’effectivement elle nécessite l’utilisation d’un vocabulaire précis qui peut paraître obscur au non initié. Rien de très original cependant. La situation vaut pour chaque corps de métier : le chirurgien pratique des entérorraphie, le garagiste vérifiera que la pompe du cylindre d’embrayage ne bute pas contre contre le circuit de refroidissement, etc.

Toutefois, votre avocat reste une personne, compréhensive. Lui même étant dérouté par le langage parfois hermétique du chirurgien ou du garagiste, il prendra toujours le temps de s’assurer que vous comprenez son discours. Il répondra à vos questions. Il est prêt à reformuler si nécessaire. A répéter également.

En clair, l’avocat n’est pas là pour vous perdre dans un flot de termes que lui seul appréhende. Son objectif reste la satisfaction du client. Objectif qui passe nécessairement par une obligation de compréhension. N’hésitez pas à l’embêter, c’est son métier !

J’ai peur que l’avocat ne me coûte cher

Le fameux cliché de l’avocat trop cher. Tout d’abord, sachez qu’appeler un avocat pour avoir un renseignement, ou pour s’informer sur ses prestations, ne vous coûtera pas plus cher que le coût de l’appel téléphonique. Mieux encore, ils sont nombreux, comme votre serviteur, à pratiquer le système du premier rendez-vous gratuit.

Vous craignez les surprises, ou l’honoraire caché ? Il est loin le temps où l’avocat ne vous informait de ses honoraires qu’en fin de procédure. Aujourd’hui, la pratique de la convention d’honoraires préalable s’est largement généralisée. En d’autres termes, vous savez, avant l’intervention de l’avocat, combien cela va vous coûter.

Puisque vous êtes client, vous êtes également en droit de comparer les professionnels et les honoraires pratiqués. Rien ne vous empêche de vous renseigner sur les prestations fournies. Encore une fois, n’hésitez pas à demander des précisions ou le détail de l’intervention si vous estimez que le prix acquitté est trop élevé.

Enfin, si vous êtes dans une situation financière difficile, il est toujours possible de demander le bénéfice de l’aide juridictionnelle, qui vous permettra de ne pas vous soucier de ces questions d’honoraires.

J’ai peur que l’avocat fasse des procédures inutiles pour gonfler son honoraire

Les avocats sont tenus, déontologiquement, à une obligation d’honnêteté. Contrairement à ce l’imaginaire public semble penser, il n’est d’ailleurs pas plus profitable au client qu’à l’avocat d’allonger inutilement la durée des dossiers.

Malgré l’enthousiasme dont il peut faire preuve dans les couloirs labyrinthiques des palais de justice, malgré la patience qui l’anime lors d’audiences interminables, malgré l’excitation qui l’emplit en rédigeant des assignations, l’avocat n’est en outre pas passionné par la multiplication de procédures chronophage et inefficaces.

Pas d’inquiétude donc, votre avocat vous guidera et vous proposera les solutions les plus adaptées, dans un souci d’efficacité et de réussite. En cas de doutes, vous pouvez toujours lui faire part de vos interrogations. Toutefois, la confiance doit être la base indispensable dans la construction de la relation qui vous liera à votre avocat.

J’ai peur que la procédure dure plusieurs années

L’avocat n’est pas toujours maître de la durée d’exécution de votre dossier. En réalité, tout va de la nature de la mission. En effet, dans le cadre d’une mission de conseil, il est tout à fait normal d’attendre que son avocat soit diligent. Reste que certaines missions prennent forcément du temps en fonction de la complexité de la mission.

La situation est un peu plus différente dans le cadre d’une mission d’assistance ou de défense, où l’avocat est alors tributaire des délais imposés, à la fois par la loi et par l’encombrement des juridictions.

Si vous pensez que votre dossier met trop de temps à être traité, vous pouvez contacter votre avocat afin d’avoir des nouvelles sur l’évolution de la situation. Sachez également que votre conseil doit en principe vous informer de lui même régulièrement sur votre dossier.  N’hésitez pas, le cas échéant, à lui rappeler, avec tact, cette obligation.

J’ai peur que l’avocat ne soit pas compétent

Votre avocat a fait des études, des longues études. Il s’est souvent spécialisé, officiellement ou par l’expérience. Il s’est engagé, en prêtant serment, à n’accepter que des dossiers pour lesquels il a suffisamment de compétences.

Pour vous assurer de cette réalité, vous pouvez toujours demander à l’avocat que vous souhaitez solliciter son parcours, ses études, ses expériences. Encore une fois, la comparaison entre différents professionnels n’est pas interdite.

Selon le dossier, il peut toutefois arriver que la réussite soit liée à une forme d’aléatoire. Malgré de bons arguments, de solides pièces, le dossier est parfois entre les mains d’esprits subjectifs. Il est alors évident que dans ce cas, la compétence de l’avocat n’est clairement pas à mettre en cause.

Enfin, Il arrive fréquemment aujourd’hui qu’au cours d’un rendez-vous, le client dise à son avocat qu’il a trouvé la solution à son problème sur Internet. Bien sur, on trouve certaines solutions sur Internet, mais sont-elles obsolètes ? Sont-elles sures ? Sont-elles adaptées ?

N’oubliez pas que vous consultez un avocat, si ce n’est obligatoire, dans le cadre d’une expertise. Vous attendez d’un professionnel du droit, non pas qu’il vous apporte une réponse « toute faite », mais bien qu’il comprenne les particularités de votre situation et adapte son analyse en fonction de ces particularités. C’est là tout l’enjeu du métier.

En conclusion, consulter un avocat, particulièrement dans le cadre d’une mission de conseil, ne doit pas être quelque chose d’inquiétant. Au contraire, l’avocat doit être un guide, rassurant, compétent et proche de votre problématique.

La sélection de votre avocat résultera toujours de votre choix personnel. Aujourd’hui, de nombreux outils existent pour vous permettre de faire ce choix en toute connaissance de cause et en toute sérénité.

By |2019-04-30T22:45:48+01:00septembre 22nd, 2016|Tribunes|

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Avocat au Barreau de Lyon, exerçant en Droit des Affaires, Droit Fiscal et Droit de la Famille

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